[Interview] Holy Bones : le trio folk venu tout droit de l’ouest

Le groupe d’indie rock et folk grenoblois HOLY BONES sort un album 12 titres, SCREAMING SILENCE le 17 mai!
D’ici là, le groupe organise déjà une petite tournée de concerts. Tenez-vous prêt, l’ouest vient à vous!

Nous avons discuté avec François (chanteur de HOLY BONES), de musique, de voyages, de films, et bien sûr de l’univers unique et fascinant propre à HOLY BONES.

« J’ai été séduit par l’approche mexicaine de la musique et de la fête »

L’univers d’Holy Bones est bien particulier. C’est une ambiance sud américaine. Tu parles espagnol?

François [chanteur] : Oui, on chante en anglais et espagnol.

Pourquoi avoir choisi cette région géographique pour camper vos morceaux?

C’est mon truc. J’ai une bonne sensibilité à la langue espagnole, et j’ai pas mal brassé en Amérique du Sud, au Mexique… j’ai été séduit par leur approche de la musique et de la fête. J’aime beaucoup l’univers du cinéma assez dark par exemple.

Les westerns?

Les westerns, oui, les films un peu lents, où il y a beaucoup d’air. J’ai beaucoup écouté les groupes americana aussi, comme Nick Cave, Sixtine Horspower, Calexico… ce dernier est une grande référence pour moi.

J’ai pensé à Nick Cave en vous écoutant… Neil Young aussi.

Neil Young, oui, à fond. Gun Club, The Doors… tout ce qui est old school, un peu poussiéreux nous influence. J’avais envie de faire un projet bien folk. Je suis attaché à la notion de dynamique en musique, j’aime bien qu’il y ait des gros gaps entre les moments calmes et les forte.

 » Des fois, les textures qu’il y a entre deux morceaux sont presque aussi importantes que les morceaux. J’essaie d’attraper cette atmosphère là.« 

On a la sensation, en vous écoutant et vous voyant sur scène, que vous désirez vraiment installer une ambiance, une atmosphère. C’est important?

Des fois, les textures qu’il y a entre deux morceaux sont presque aussi importantes que les morceaux. J’essaie d’attraper cette atmosphère là, plutôt que de raconter ma vie entre les morceaux. On essaie d’avoir une différence d’intensité forte entre un passage et un autre du set. On s’est séparés de notre batteur, et puisqu’on ne joue plus avec de batterie, c’est moi qui fait le kick sur scène. J’aime commencer très bas, niveau intensité, afin d’avoir presque du silence. L’album s’appelle Silence Scream, c’est une notion d’explosion silencieuse, de cri silencieux. On joue presque du silence, comme des gens tels que Marc Ribot, le guitariste favori de Tom Waits, qui avait fait Silent Movies… le nom de l’album est un peu un clin d’œil à lui. Son album, c’est de l’air et du silence. C’est beau, j’adore ce qu’il fait.

Silence Scream, c’est dichotomique comme nom. Un peu comme le nom de votre groupe, Holy Bones, il y a ce côté pieux, sacré, et l’autre plus sombre, presque morbide.

On n’est pas du tout pieux. J’ai choisi le nom du groupe en rentrant du Mexique. Cela souligne le petit paradoxe entre les restes mortels et le côté sacré qu’on peut leur donner. Les mexicains ont une vision de la mort qui est assez flippante… et assez géniale. Quand je suis allé au Mexique, je me suis retrouvé à faire des teufs dans des cimetières. Tu sais, quand c’est la fête des morts, ils font griller les saucisses et se mettent des grosses caisses sur la tombe des aïeux…

J’allais te demander pourquoi vous ne chantez pas en français, mais du coup je comprends que ça colle peu avec votre esthétique américaine…

Tu sais, la question se pose, et se posera peut-être…
Quand tu chantes en français, tu fais de la chanson, il faut être massif en textes. Et puis les gens écoutent d’abord les paroles, et après la musique.
Avec Holy Bones, on souhaite produire quelque chose de très cinématographique. Si le public souhaite un complément à la musique… on préfère qu’ils aient du visuel, plutôt que des paroles qui amènent à réfléchir… c’est pour ça qu’on ajoute de la vidéo.

On a monté une création vidéo, qui sera dévoilée avec la sortie de l’album le 17 mai!
C’est une projection vidéo sur scène, pendant qu’on joue, un morceau sur deux à peu près. Le but c’est vraiment d’utiliser l’image au service de la musique, et de temps en temps on en sort pour une mise en scène plus classique.

« Le clip de Loosing it all sort le 25 mars »


Vous aurez des clips également?

On a fait un clip qui sort bientôt, le 25 mars! C’est le clip de Loosing it all, le deuxième morceau de l’album.

Je t’ai vu jouer à la médiathèque de Saint Bruno (Grenoble) samedi 9 mars 2019. Habituellement vous êtes trois dans le groupe, et là, tu étais tout seul à gérer le chant, la guitare, le kick et l’harmonica. Ça fait beaucoup de différence lorsque l’on est sur scène?

C’est très différent. Globalement c’est mieux d’être à plusieurs, c’est plus riche. Mais il y a des points positifs à jouer seul, notamment tu peux faire quelque chose de plus personnel. C’est moi qui écris les morceaux de Holy Bones. C’est sympa d’avoir l’opportunité de les vivre tout seul, de se plonger dedans, à fond.
C’est pratique aussi, dans le cas de la scène de la médiathèque, c’était compliqué de venir avec la basse et la guitare électrique… cela aurait été un peu hors propos.

C’est très différent sur scène, le bassiste, le guitariste… Le guitariste apporte un truc psyché avec des doubles croches, très post rock. Un côté seventies, Pink Floyd, qui donne tout de suite un univers flower power, et qui va beaucoup influencer les morceaux. Ça donne un bon petit cocktail hallucinogène dans les moments où c’est sombre.

Vous enregistrez dans un studio à Grenoble?

On enregistre au studio Little Big, au Versoul, avec l’excellent François Carl qui était l’ingénieur son historique de Virago et Maczde Carpates un peu plus récemment. Il bosse avec Julie Bally, et d’autres artistes du coin. L’album a été masterisé par Fred Monestier qui est dans les locaux de la Bobine.

« J’ai vendu du champagne. J’ai voyagé. Après je me suis réveillé. »

Comment vous-êtes vous rencontrés, les trois membres du groupe?

Historiquement, j’ai monté le groupe avec un ami, et on a rencontré un autre gratteux. Les deux sont partis depuis. La formule actuelle, c’est notre ingénieur son qui est passé à la gratte, il était guitariste avant d’être ingé son. Le bassiste est là quasiment depuis le début, on avait fait un casting. L’équipe actuelle est soudée, on est ensemble depuis 2015!
On se voit beaucoup en dehors de la musique.

Et toi, ça fait combien de temps que tu fais de la musique? T’as toujours voulu faire ça?

Non, j’ai commencé tard. Vers 25 ans… j’ai fait des longues études…

T’as fait quoi comme études?

Economie, politique, social. Bac+5. Après j’ai vendu du champagne. J’ai voyagé. Après je me suis réveillé.
J’ai commencé la musique comme ça… j’en écoutais énormément.

 » Souvent je pars d’une structure de phrase qui me plait et je construis un morceau autour »

Pour les paroles, il y a des auteurs qui t’inspirent?

Un petit peu. Je lis des textes en anglais un peu abscons… Edgar Poe par exemple. J’aime ce qui est assez métaphorique. Je note des citations parfois quand je lis. Je reste très imagé dans les paroles. On a des textes très imagés, il y a peu de débit dans les paroles. En général j’essaie de trouver de belles structures de phrases, des images, des métaphores. Les textes sont vraiment construits, et c’est assez métaphorique. Souvent je pars d’une structure de phrase qui me plait et je construis un morceau autour. Ce n’est pas très narratif. Les sujets sont globalement assez sombres, sans être romantiques, ou mièvres. C’est onirique.

Pendant ton showcase, tu revenais sur le fait que maintenant, internet et les réseaux sociaux sont devenus une part intrinsèque du métier artiste, pour la promotion, la communication…

Bien sûr. Cela a des côtés positifs aussi, ça désenclave et ça augmente l’audience. On a plus d’informations et plus de libertés. On voit émerger pleins de trucs déments qu’on n’ aurait pas forcément eu la possibilité de connaître, avant. Il y a aussi pas mal de trucs pourris malheureusement…

Ça a fait émerger la notion de vidéos, aussi qu’il n’y avait pas avant! Ça existait mais c’était un peu de la nostalgie… Maintenant c’est impensable de faire du son sans faire de la vidéo.

C’est un art complet. Il faut être sur tous les fronts.

Oui. Tu n’as plus le choix. Tous les programmateurs, et les partenaires de la musique, ont une mine d’or. Les réseaux sociaux leur permettent de prendre la température des groupes. On sait que s’il y a 3 fans qui les suivent sur Facebook, il n’y aura personne à leur concert, donc on ne les programme pas… Et inversement, s’ils sont 10 000 à les suivre, on fait un concert dans leur ville et on sait que c’est complet. On ne peut pas se passer de ce baromètre, donc les artistes sont obligés de jouer le jeu, et de faire des vidéos.

Où avez vous tourné votre clip?

Dans les steppes de l’Isère. [rires]
Un désert hivernal. Un truc bien pas festif comme on les aime, plutôt dark, planant, lancinant. C’est un clip très onirique.

Quels western t’ont inspiré particulièrement?

Plein… Le bon la brute et le truand, Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest… Je n’aime pas spécialement la musique des westerns, ce que j’aime, ce sont les silences dans les westerns. J’aime bien cette façon qu’ils ont d’être radins avec les dialogues. Cette espèce de pression qui monte, et tu peux te taper un film de trois heures où il y a un mot par minute et tu es quand même accroché. En terme de film, j’aime bien ce qui est un peu barré, comme Lynch, Kubrick, Hitchcock…

« On met de la poésie dans la musique »

Qu’est-ce qui fait un bon groupe de folk selon toi?

Un bon projet doit être original et singulier. Il doit raconter un truc soit très nouveau soit très sincère.

Holy Bones, c’est très sincère.

C’est ça. Il faut incarner. On met de la poésie dans la musique.

Quelles sont vos prochaines dates?

Le 12 avril, je joue au Café de la Gare à Pont-de-Beauvoisin,
Le 17 mai, on joue à La Bobine à Grenoble, pour la sortie de l’album.
Le 22 mai au Brin de Zinc, à Chambéry.
Et le 16 juin aux Abattoires, à Bourguin!
Il y a peut-être d’autres dates qui vont se caler encore.

Retrouvez Holy Bones sur les réseaux sociaux! Facebook. Bandcamp.


Propos recueillis par Aline Gaffiot.

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LA DISPUTE : l’album Panorama est une pépite visuelle et narrative

La Dispute est un groupe de post-hardcore américain, originaire de Grand Rapids dans le Michigan et formé en 2004. La formation actuelle comprend Jordan Dreyer au chant, Brad Vander Lugt à la batterie, Chad Morgan-Sterenberg à la guitare et Adam Vass à la basse. Le 22 mars 2019, La Dispute sort un nouvel album signé chez Epitaph Records, sobrement intitulé : Panorama. 3 titres sont déjà disponibles sur les plateformes numériques. C’est l’occasion de poser quelques mots sur ces premiers lyrics, images et notes, emplies de poésie, d’onirisme et de symboles.

Panorama, n.m. :
1. Vaste paysage que l’on peut contempler de tout côté.
2. Tableau circulaire peint en trompe-l’oeil.

LA DISPUTE a déjà partagé trois titres : Rose Quartz/Fulton Street I, Footsteps at the Pond, et Rhodonite and Grief (les deux premiers sont accompagnés de sublimes vidéosclips en dessins animés). Puisque La Dispute ne fait rien comme les autres groupes, il y a quelques jours, sortait un teasing instrumental en dessins animés toujours, habillé d’oniriques teintes pastelles, intitulé PILGRIMAGE :

C’est le moment de revenir un peu sur ces premiers titres, dont la finesse est indissociable de leur visuel.

I) Le langage des couleurs

Rose Quartz, Rhodonite… et si PANORAMA était une mine de pierres semi-précieuses ?
Si Pilgrimage est un long panorama délicat, l’esquisse d’un vaste monde encré de couleurs claires, tout comme la couverture de l’album, Footsteps at the Pond et Rose Quartz/Fulton Street I bénéficient d’un univers visuel bien propre.

Rose Quartz/Fulton Street I est composé d’aplats de couleurs rose vif, orange, violet et anthracite. La lune est rose, les champignons aussi. La biche est mauve, et les arbres, bleus de nuit.
Ce que l’on voit, c’est la nature, révélée par l’ombre nocturne, et ravagée par la route de béton que la civilisation a posée à travers la forêt.

Footsteps at the Pond est très sombre, dans les nuances de brun sombre. Dans ce monde-ci, c’est la nuit aussi. La lumière des fils de laines phosphorescents qui traversent la mer et rejoignent le labyrinthe insulaire tranchent. L’intérieur du labyrinthe qui emprunte des airs aux palais est vieux rose (les dalles sont de quartz?). Thésée et le minotaure, sont blancs, deux flaques de lumière immaculée, entre les flots et la voûte qu’on appelle le ciel.

II) Le bestiaire

Footsteps at the Pond, c’est une version revisitée du mythe grec antique de Thésée et le Minotaure.
Le minotaure, est une créature mi-homme mi-taureau. Jugé trop dangereux pour les humains et la civilisation, le minotaure est enfermé au cœur d’un labyrinthe cruel duquel nul n’est supposé pouvoir sortir.
Thésée est envoyé pour tuer le minotaure. Et c’est ici que La Dispute s’empare du mythe, et le fait basculer du côté de la fable écologique éprise de tolérance et d’amitié.
Thésée n’entre pas dans le labyrinthe pour prendre la vie de son supposé ennemi. Il le libère. Il fait revenir le minotaure au monde extérieur, libre.

Mais comment Thésée et le minotaure parviennent-ils à sortir de ce labyrinthe? Comme dans la légende initiale, Thésée s’est accroché à un très long fil, qu’il suffit de suivre pour savoir où ses pas sont passés pour le conduire au cœur du labyrinthe. C’est le fil d’Ariane.


Une biche violette est l’héroïne de Rose Quartz/Fulton Street I.
De nouveau, La Dispute nous plonge au cœur de l’empathie animale.
Le début du clip est une célébration presque silencieuse de la nature. On y voit les arbres fleurir, les insectes s’endormir sous la lune de quartz.
La biche semble se souvenir d’un cerf, dont la tête est aujourd’hui accrochée comme trophée au mur d’une cabane. Et puis, les phares d’une voiture approchent. La suite, on ne la raconte pas. On l’observe, on l’écoute. On suit cette biche évoluer dans les ténèbres, rompus par la seule lueur menaçante d’une voiture blanche, qui ne tarde pas à se transformer en brasier tragique.


« When I followed your eyes, when I followed your eyes
All the crosses for the accidents
All the photos in the flowers by the stree
t »

[Rose Quartz/Fulton Street I]

III) La poésie, la mélodie, la voix

« Kill me by surprise, « 
You said, « I don’t want to stay alive
To watch the words go first like hers »


[Rhodonite and Grief]

Ce qui fait la force de La Dispute, c’est d’une part la poésie saisissante des paroles, et d’autre la voix de Jordan Dreyer qui hurle (murmure dans le cas de Panorama) la peine et la colère.

Rhodonite and Grief raconte avec délicatesse le processus de deuil, où la rhodonite est une prescription : « Rhodonite for stress relief « .
Dans un simple enchaînement d’actions, est exprimée avec pudeur l’impossibilité de vivre comme avant.

« We sleep, we eat, we read
We eat, we drink, we sleep
We keep her picture on the fridge
« 

Musicalement, Panorama dénote d’un album comme Somewhere at the Bottom of the River Between Vega and Altair (2008), où les paroles sont catalysées par une énergie instrumentale incroyable.
Panorama, et cela est jouer avec son titre, est davantage dans la contemplation.
Rose Quartz/Fulton Street I est peut être le morceau qui joue le plus sur la rupture entre récitation et expression via les cris propres au post hardcore.

Tony Scott disait de Billie Holiday* la chose suivante :

« Yeah », Scott said, « a singer like Ella says, ‘My man’s left me’, and you think the guy went down the street for a loaf or bread or something. But when Lady says, ‘My man’s gone’ or ‘My man’s left me’, man, you can see the guy going down the street. His bags are packed, and he ain’t never coming back. I mean like never. »

[« Yeah », dit Scott, « une chanteuse comme Ella dit, ‘Mon homme m’a quittée’, et tu penses que ce type est allé en bas de la rue pour ou du pain ou quelque chose. Mais quand Lady dit, ‘Mon homme est parti’, ou ‘Mon homme m’a quittée’, mec, tu peux voir le gars descendre la rue. Ses sacs sont faits, et il ne va jamais revenir. Je veux dire, jamais.]

C’est absolument applicable à Jordan Dreyer. Lorsqu’il évoque le deuil au détour de Rhodonite and Grief, on observe les jours de silence, où tout espace semble soudain trop petit ou trop grand, mais jamais à la bonne taille.
Lorsqu’il se demande dans Rose quartz/Fulton Street I si un jour il posera des fleurs au bord de la route, on le voit non seulement tergiverser, mais aussi être bouleversé.
Enfin lorsqu’il hurle « we bleed because we need«  dans Footsteps at the Pond, on entend les bulles de sang dans sa voix.

*[Robert O’Meally, Lady Day : The Many Faces of Billie Holiday, NY : Arcade, 1991, P.52]

Pour retrouver La Dispute sur les réseaux sociaux : Site officiel. Bandcamp. Facebook.

Un petit regard pour un petit pays

« Petit pays, te faire sourire sera ma rédemption
Je t’offrirai ma vie, à commencer par cette
chanson».


Avant d’être un roman, Petit pays était une
chanson dans laquelle l’artiste déclamait son
amour pour sa terre natale. D’abord reconnu
pour sa musique, Gaël Faye a récemment signé
son premier roman inspiré de ses origines et de
son enfance à Bujumbura au Burundi.
Couronné par de multiples prix (notamment le
prix Goncourt Lycéen 2016) le roman connaît
un succès inattendu mais néanmoins mérité.
Nous suivons l’histoire de Gabriel, né d’une
mère rwandaise réfugiée et d’un père français,
au Burundi dans les années 1990. Au milieu de
ses amis, l’école, et le divorce de ses parents,
Gaby découvre la littérature en compagnie de sa
voisine. Quand un coup d’état éclate et
bouleverse son petit monde.
Gaël Faye nous propose à travers Gabriel un
regard innocent et candide sur les événements
politiques qui surviennent lors de la Guerre
civile opposant les burundais entre eux, alors
divisés en deux camps : les Hutus et les Tutsi.
On ressent cette scission jusque dans
l’environnement de Gabriel qui observe ce
conflit impactant son entourage. L’auteur nous
conduit avec une facilité déroutante dans
l’univers déboussolé d’un enfant à travers son
regard naïf sur le drame qui touche ce pays.
Ce livre nous offre une vision singulière sur une
enfance au Burundi nous faisant voyager dans
ce petit pays d’Afrique centrale.

 




Sandrine Baratay

Cigarettes

C’était une nuit d’esthète.

On avait emprunté les codes crépusculaires de la ville, et ajouté une pureté visuelle diffusée à l’éthanol.

Le lac était un miroir dans l’air noir et glacé que nous traversions.

Les lucioles de la ville d’en face peinaient à rivaliser avec celles de nos clopes.

Nos cendres étaient les anges déchus de nos cieux crevés.

Et la nuit s’est éteinte pour nous laisser croire qu’on vivait plus fort,

avec nos cigarettes brûlantes comme les cierges des autres.

[INTERVIEW] MONSUTA : les monstres sacrés du metal

On a rencontré Matthias, le chanteur du groupe de metal MONSUTA, à L’Atelier de Cluses.  
Le groupe genevois a sorti un EP, et fait déjà des belles dates! 
On a pu parler du groupe, de metal, d’engagement et d’écriture.

« On voulait monter un show sérieux »

Vous avez commencé le groupe en 2016, c’est bien cela?

Matthias [chanteur] : Oui, un poil plus tôt. On s’est enfermés dans le local pendant un an, un an et demi, à composer. On voulait commencer notre premier concert en ayant un album à notre actif déjà. On voulait avoir quelque chose à montrer. On a donc sorti notre premier concert en même temps que le clip et le premier EP.

Vous vouliez arriver en mode pro, avec votre image et votre esthétique?

Oui c’est le but de montrer un show un peu sérieux. Le premier truc qu’on a fait c’était une résidence à L’Atelier, ici à Cluses…

Résidence c’est-à-dire?

En fait pendant trois ou quatre jours on est venus ici, dans la salle, préparer un show avec l’ingé son, l’ingé light, préparer vraiment un set, pour notre premier concert, pour notre vernissage de l’EP après la résidence. On a été bien soutenus par L’Atelier, c’est là qu’on a fait notre premier clip d’ailleurs.

« On a toujours de l’actualité »

Vous avez un seul EP à votre actif pour le moment?

Oui, il est sorti en octobre 2017. Ça fait un an et demi même pas qu’on l’a sorti.

Vous travaillez sur quoi en ce moment?

On est toujours en mode composition. Soit il y a des périodes concerts où on répète, soit on compose, on enregistre des maquettes. Là on a clipé un deuxième morceau. On a toujours de l’actualité.

Avez-vous un travail à côté?

Oui, tous. Je suis prof de musique, le batteur est prof de batterie… le gratteux est juriste. On a tous notre vie professionnelle et nos vies de famille.

« En Suisse c’est difficile de vivre du metal »

Vous arrivez à vous dégager du temps pour travailler ensemble ou vous œuvrez chacun de votre coté avant de mettre en commun?

Pour les concerts, on répète tous ensemble, on essaye de se voir deux fois par semaine si on y arrive. Si on n’est pas au complet ce n’est pas grave, on fait quand même. Pareil pour les compos. Souvent ça travaille par deux d’un coté, deux autres d’un coté…. Les gratteux d’abord posent les trucs avec le bassiste, après ils m’envoient ce qu’ils ont fait, et j’enregistre avec des voix.

C’est important pour vous d’avoir un métier à côté, de ne pas dépendre de votre activité artistique?

De base c’est par nécessité. Clairement vivre de la musique n’a jamais été un projet. De toute façon on a commencé ce projet il y a deux ans… on a tous passé trente ans, on avait déjà des projets avant et on a toujours eu des boulots, on a toujours bossé. Moi je viens de Suisse, et en Suisse, vivre du metal, je ne pense pas que ça existe. Enfin il y en a eu deux trois, Eluveitie par exemple…

« On cherchait un truc un peu freak »

Tu viens d’où en Suisse?

Je suis de Genève.

Comment vous êtes-vous rencontrés avec les membres du groupe?

Les deux guitaristes ont un peu fondé le groupe, et un des gratteux je le connaissais car on a fait une école de musique ensemble il y a quinze ans à Genève. A partir de là j’ai eu un groupe avec lui, qui s’appelait Crysalid, un groupe de metal prog. Ensuite on connaissait le deuxième guitariste qui tournait avec JC Jess… on le connaissait car on a tourné un peu avec eux. Et du coup j’ai eu un autre groupe avec ce guitariste…. on a eu des mixes de groupes avant nous.

Je ne sais pas comment les autres se connaissaient d’ailleurs. Le batteur on ne le connaissait pas , on est allés le chercher sur casting, car on avait besoin d’un batteur, on nous l’a recommandé d’ailleurs. On a fait une annonce, on a demandé à des potes. On a casté quatre cinq batteurs, et avec lui ça a marché.

Que penses tu de la scène metal actuelle?

Je suis assez ouvert, j’écoute plein de trucs. La scène actuelle j’aime bien tout ce qui est metalcore, ça me plait beaucoup. Après notre style à nous est beaucoup plus oldschool. On est restés fin des années nonante début des années 2000. En mode Korn… les vieux trucs rap metal, nu metal. Un peu moins dans le metal actuel. Les autres gars écoutent beaucoup Meshuggah, Gojira.

« On fait des belles dates. C’est monstrueux. »

Vous tournez surtout en Rhône Alpes?

Pour le moment on a fait beaucoup la Haute Savoie. On a commencé il y a un an, on a dû faire une dizaine de concerts…. On en a fait deux trois à Genève… pas beaucoup en Suisse. Démarcher c’est difficile, c’est un vrai taff en soi.

Vous vous auto-gérez ou vous avez un manager?

Jusque là on était en mode solo, on s’auto-gérait. Et maintenant on a des potes qui montent un label. Et ça devrait démarrer gentiment, ils devraient faire un peu de booking pour nous.

C’est quoi comme label?

Leur groupe de musique s’appelle Black Beard, et je ne sais pas encore le nom du label, si ça sera le même ou pas… c’est en train de se faire, il n’est pas encore lancé ce label. Ça se fait courant février 2019… et ça reste très indépendant. On joue avec eux la semaine prochaine au Poulpe.

Vous tenez à rester indépendants?

A notre niveau ça ne sert à rien qu’on cherche un gros label, après on verra ce qui se passe. Quand on a monté ce projet le but était de faire de la bonne musique, de se faire plaisir. On essaie de faire des bonnes salles. On ne veut pas faire de bars, de petites scènes avec du son de merde. Dès le début on a voulu faire des shows un peu sérieux, on a notre ingé son, notre ingé light, avec qui on tourne sur tous les concerts.

Ce sont des amis à vous?

Ce sont des potes qui sont depuis longtemps dans le métier eux aussi.

C’est un choix qu’on a fait ensemble, tu vois. Personnellement ça ne me dérangerait pas de faire des plus petites salles pour faire plus de dates… là on fait peu de dates mais on fait des belles dates. C’est monstrueux.

Que signifie Monsuta?

Ça veut dire monstre en japonais.

Un membre du groupe parle japonais?

Non…. on a galéré, on a cherché un nom pendant longtemps… on cherchait un truc un peu freak, monstre, tout ça. On a regardé la mythologie japonaise et on est tombés sur ça. Ça représentait bien l’identité de ce que l’on voulait faire.

Et tu peux me parler des thèmes sur lesquels vous écrivez?

C’est assez engagé… désengagé…c’est un peu anar.

Tu penses que la musique peut avoir un impact sur l’opinion des gens, faire changer quelque chose?

Elle peut avoir un impact sur les gens sur le côté personnel. Elle va toucher un mec, elle va te parler. Moi quand j’écoute des chansons que j’aime, et que derrière je regarde les textes, et que le texte me parle, ça me change la vie. Par exemple t’as le coté un peu combat ou motivant. Tu vois ça fait du bien d’écouter « fuck them« , ça fait du bien de se défouler sur de la musique en se disant « allez vous faire foutre un peu bande de connards« .

Vous avez des engagements militants à côté?

Au niveau du groupe, non. J’ai été dans des trucs anars, antifas, l’observatoire de pratique policière quand j’étais plus jeune, ce genre de truc. C’est très personnel. Les textes sont très persos aussi. Ça ne représente pas forcément l’opinion générale du groupe. Mais les musiciens acceptent les textes que je propose, donc c’est que ça leur parle quand même.

« On commence à chanter en français »

C’est toi qui composes?

C’est moi qui écris les textes. Je m’occupe du chant. En général ce sont les gratteux, bassiste, qui écrivent les chansons et je pose les textes dessus. Ce n’est pas évident pour moi d’écrire. D’avoir la musique à coté, ça me convient mieux.

Il y a des auteurs qui t’inspirent pour tes textes?

Des écrivains peut-être pas… des penseurs, des essayistes oui. Je suis très influencé par un mec qui s’appelle Ellul. Il était anar écolo anti-technologie tout ça… il est mort, ça date. J’adore Thrice, le groupe de ricains. Pour moi c’était le summum de ce qui se fait dans l’écriture musicale, les lyrics. Ça j’adore, ça m’influence pas mal.

Tu as déjà essayé d’écrire en français?

Oui. C’est un truc qui revient souvent la critique de l’anglais. Et là on commence en français, on a notre première compo en français et on va écrire de plus en plus en français. Pour le moment, on a sorti que quatre titres enregistrés, on en a douze treize à faire en concert, tout en anglais, et là on se met au français.

Tu as commencé par écrire ou chanter?

Je fais de la musique depuis tout petit. Je fais du solfège depuis que j’ai six ans. Je me rappelle qu’à sept ans, je chantais, et j’avais envie de chanter toute ma vie… j’ai chanté, fait du piano très très vite… et j’ai commencé à écrire quand j’étais ado, à treize, quatorze ans. Et puis il y a eu dix ans où je n’ai presque rien écrit. J’avais des projets de groupes metal progressif qui me bottaient moins, alors je venais juste chanter ce qu’on me donnait à chanter…. et dans Monsuta, je me suis beaucoup plus impliqué, parce que c’est mon truc au niveau stylistique.

T’as commencé par le piano… à partir de quand t’es tu dit « maintenant je vais faire du metal« ?

A partir de quatorze ans j’ai écouté du metal. J’ai commencé à écouter du grunge, Silverchair, Nirvana des groupes comme ça.

Propos recueillis par Aline Gaffiot
Crédits photos : Colin Dussart

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[Interview] on a rencontré Black Bomb A pour la première date de leur tournée!

On a rencontré le mythique groupe Black Bomb A, après leur concert à L’Atelier (Cluses), le 1er février.
Une belle occasion pour discuter avec les 2 chanteurs, Arno et Poun, du groupe, de musique, de leur adolescence et d’engagement.

Quels sont les projets qui arrivent pour Black Bomb A?
Poun [chant] : Ce soir c’était la première date de la tournée, donc c’est reparti jusque la fin de l’année. C’est reparti pour un an! Demain on est à Toul. C’est assez léger en février, mais en mars on a pas mal de dates. En avril ça va être un peu plus light, moi j’ai Le Bal des Enragés… On est en pleine tournée qu’en même. Et puis il y a un clip aussi! On ne l’a pas encore annoncé, mais il va y avoir un clip qui va arriver bientôt… on va finir de le tourner ce mois-ci. Ça sera le quatrième clip qu’on sort sur notre nouvel album [« Black Bomb A« , sorti le 12/10/18]
Arno [chant] : On ne peut pas encore parler de tout pour le moment, mais il y a de belles choses qui vont se faire…

C’est laquelle la grosse date de cette tournée?
Poun : La grosse date de cette tournée? Toutes.

Toutes à fond!
Poun : Oui, de toute façon oui…
Arno : Le Hellfest!
Poun : C’est ça, on peut dire qu’on a déjà fait « la grosse date de la tournée ». Il n’y a pas plus gros que le Hellfest en France. On a d’autres dates qui vont arriver, d’autres festoches… On va être présents cet été aussi sur pas mal de dates et festivals.
Il y a très peu de groupes qui refont le Hellfest, même les groupes ricains ils le font très peu deux fois d’affilée.
Arno : Personne ne le fait deux fois d’affilée… Ozzy [Osbourne] l’a fait peut être.

Ecoutez Wake Up du nouvel album de Black Bomb A

Comment ça vous est venu de faire du Punk Hardcore? C’est une musique très intense, qui vient de vous… avez-vous eu un déclic?
Poun
: La question est : est-ce qu’on fait vraiment du punk hardcore? C’est vrai que notre musique c’est un mélange un petit peu de tout.

C’est vrai qu’on a envie de dire « vous faites du Black Bomb A ».
Poun
: Ça peut paraître prétentieux de dire ça, mais en tout cas on fait du crossover, un mélange un peu de tous les styles, c’est-à-dire que dans Black Bomb ça a toujours été un peu la façon de faire. Quand on a monté le groupe, on est arrivés chacun avec nos influences de punk, de trasher, de deathmetalleux, de harcoreux, et on a fait une espèce de mélange de ça pour créer le groupe. Pour faire la recette Black Bomb.
C’est vrai qu’il y a des albums qui peuvent paraître un peu plus punk hardcore, un peu plus hardcore, d’autres un peu plus metal. Ça reste toujours un mélange.

Vous veillez à avoir une « image » pour chaque album, ou ils sont construits suivant l’inspiration du moment?
Arno
: Ce n’est pas calculé en fait. On fait les choses comme elles viennent.
Poun : Ce n’est pas calculé. On fait selon notre mentalité du moment, notre ressenti du moment…
Arno : On fonctionne beaucoup comme ça, au ressenti.

Qu’est-ce qui va vous faire écrire le plus? La tristesse par exemple, où écrivez-vous à n’importe quel moment?
Arno
: Les textes sont toujours… pas « noirs », mais sombres.
Il y a toujours eu une espèce de positivité, mais nous on essaie de parler des choses qu’on vit, qu’on remarque autour de nous.
Poun : C’est un constat aussi un peu du monde dans lequel on vit, le regard qu’on peut avoir, qui peut paraître un peu facile des fois, mais il ne faut pas non plus s’empêcher de dire des choses qui sont réelles, qui sont vraies, qui sont présentes. Ce n’est pas parce qu’on sait tous que c’est la merde qu’il faut s’empêcher de le dire parce que tout le monde le sait.

Vous avez l’envie d’un message politique?
Poun
: Non, pas politique. Politique ça on ne l’a jamais fait, et on n’a pas envie. Sur le dernier album on est plus engagés. On montre pas du doigt forcément. Est-ce que c’est direct politisé que de montrer du doigt un système qui ne nous convient pas? Je ne sais pas. En tout cas on apporte pas forcément de solutions. Et je pense qu’on fait partie de la masse comme vous et nous, on est là pour passer un bon moment sur scène, et dire les choses, comme on les ressent. C’est vrai qu’il y a des gens qui vont dire « ils n’apportent pas de solutions ». Ouais mais on n’est pas politiciens.

Votre truc, c’est la musique.
Poun
: C’est la musique avant tout.

Que pensez-vous de la scène musicale dite alternative en ce moment? De son évolution par rapport à ses origines?
Poun
: Il y a à boire et à manger, il y a un peu de tout. De toute façon maintenant. Il y a toujours des têtes de liste qui sont là. Et ça a bien changé quand même. Honnêtement il y a des groupes qui arrivent comme Ultra Vomit, qui sont bien présents, et qui donnent un souffle un peu nouveau à ce délire de metal un peu plus humoristique. Et ça passe très bien, les gens ont envie de rigoler aussi.
Il y a un peu de tout, il y a des ouvertures comme ça. Qu’est-ce qu’il y a d’autre…? Il y a Tagada [Jones], qui a toujours été là bien entendu, qui se renouvelle, qui trouve sa voix. Il y a des gens qui t’entendent à un moment aussi. Ça fait des années qu’ils tournent partout Tagada, une vingtaine d’années, vingt-cinq ans, comme nous.
Il y a des hauts et des bas, comme nous.
Je pense que quand tu perdures un peu dans un groupe, et qu’il y a des hauts et des bas, c’est plutôt honorable, parce que tu sais pourquoi tu le fais.

Black Bomb A on en est à combien d’années exactement?
Poun
: Ça fera vingt-cinq cette année.

Un quart de siècle!
Poun
: Voilà, dès que je suis né, j’ai commencé à chanter, hein, j’ai vingt-cinq ans! [rires]

Ecoutez Bulletproof du nouvel album de Black Bomb A

Vous exercez un métier à côté de la musique?
Arno
: Non, on est intermittents du spectacle.
Poun : C’est notre taff. Après effectivement on peut faire d’autres choses à côté pour combler financièrement. C’est un peu difficile de temps en temps de boucler les trucs mais on y arrive!

C’est vous principalement qui vous occupez du fonctionnement du groupe? Du design, du booking…
Poun
: Non, on a une équipe, on a un agent, on a quand même un label, et des gens qui bossent autour de nous. Après oui, il y a des décisions qui se font en interne, on prend pas mal de décisions tous les cinq, on n’a pas de manager.
On a eu des managers.
Arno : On n’est peut être jamais tombés sur le bon.
Poun : Est-ce qu’on est un groupe à être managé aussi? Il ne faut pas jeter la pierre aux personnes qui ont voulu travailler avec nous et où ça ne s’est pas bien passé. Peut être qu’un jour on tombera sur quelqu’un et que ça le fera.
Mais on y arrive, et au moins on est lucides, on sait où on met les pieds et on sait ce qui se passe avec le groupe. On ne laisse pas faire quelqu’un d’autre qui nous dirait par la suite « ah si, vous avez signé ça, vous avez fait ça ».

Comment vous-êtes vous rencontrés, tous les membres du groupe?
Poun : C’est parti d’une bande de potes et puis après tu sais avec les années, des changements, des rencontres avec des groupes. Arno, il est arrivé sur le deuxième album, et on avait joué ensemble sur notre première tournée je crois?
Arno : Ouais, on était venus jouer avec vous à Vélizy.
Poun : Notre premier chanteur Djag est parti, et on a pensé à Arno direct. Le feeling était bien passé. On a eu pas mal de changement, quatre bassistes différents… En vingt-cinq ans c’est difficile de garder le même line up, par rapport aux envies de chacun, et d’éventuelles tensions. Depuis quelques années le groupe est plutôt stable, ça ne bouge plus du tout.
On reste des humains avec des caractères forts, mais on se calme un peu plus vite.

Un peu plus de sagesse.
Poun
: Sagesse, je ne sais pas si on peut utiliser ce mot là! [rires]
On essaie.

Un peu plus d’expérience. Y-a-t-il des groupes qui vous ont particulièrement influencés?
Poun
: Sick Of It All, Biohazard, Nailbomb… je pourrais dire Guns N’ Roses, quand j’étais gamin, c’était avant Black Bomb tu vois. Quand j’ai commencé à écouter du metal, la première fois que je suis rentré dans un groupe, j’ai fait des reprises de Guns N’ Roses, je devais avoir quinze ans.

Des fois il y a un morceau que tu écoutes, et c’est celui là qui te fais te dire « je veux faire pareil ». Tu as eu un déclic, à un moment donné ou as-tu toujours été dans le milieu?
Poun
: Moi ça a été un peu différent, j’ai commencé à faire de la chorale quand j’étais gamin, j’étais dans une école de bonnes sœurs. J’ai toujours aimé être dans l’optique de la musique, chanter… Après c’est vrai que j’ai découvert le metal, et j’ai été piqué. Tout en écoutant autre chose, mais j’ai été piqué quand même.
Arno : Moi ce sont des groupes comme Bad Brains, Dead Kennedys, Biohazard aussi, ils m’ont pas mal marqués.

Ecoutez Greed du nouvel album de Black Bomb A

Plus hardcore, toi.
Arno : Oui. Il y a plein de groupes qu’on aime tous, Sepultura… tous ces groupes là tu vois.

Comment tu as commencé à faire de la musique, à quel moment t’es tu dit « c’est mon truc »?
Arno : Avec Loïc, mon meilleur ami. On avait dix-sept balais, on jouait dans sa chambre, on achetait des vinyles.

Tu t’es mis direct à screamer?
Arno : Non, j’ai commencé par la basse. On s’enfermait à deux dans sa chambre, et on faisait de la merde, hein, mais on essayait. Et puis après, il fallait un chanteur dans un groupe de potes, et puis j’ai commencé comme ça, le chant. Je suis resté au chant longtemps.
Ma voix a beaucoup évolué, je n’ai pas chanté comme ça dès le début. Tu trouves ton truc, ton grain.

C’est d’ailleurs une des marques de fabrique de Black Bomb A, vos deux grains très différents, et identifiables.
Poun : C’est d’un extrême à l’autre. Deux écoles différentes.
Arno : Ouais carrément.

Ça a été un choix de départ, de trouver des personnes avec des grains « comme ça »?
Arno : Déjà avec Djag…
Poun : Djag avait une vois moins grave que la tienne, un peu plus dans le médium. Mais il y avait quand même cette différence, j’ai toujours été dans les aiguës, et puis ça a été plus appuyé quand Arno est arrivé. Un peu moins avec Shauny…
Arno : Shauny avait une voix très proche de toi.

Vous avez des dates à l’international de prévues?
Arno
: Pas pour l’instant.

C’est un objectif que vous cherchez?
Arno : Oui… il y a des choses qui sont en train de se préparer. On préfère ne pas en parler tant que ce n’est pas fait, ça ne sert à rien en fait, tant qu’il n’y a rien de concret.
On part en tournée avec Queen en fait.
[rires]

Propos recueillis par Aline Gaffiot et Colin Dussart.
Crédits photos : Colin Dussart.

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[INTERVIEW] Les Punks Sportifs : « ce qui fait un bon groupe de punk c’est l’amitié »

jf

Just Focus a rencontré Les Punks Sportifs, samedi 2 février à Reignier (74), avant leur concert au Pouple! On a discuté musique, politique, copains, féminisme, cuisine et associations! Un moment bien sympa et convivial passé avec ce joyeux quatuor, avant leur performance scénique pour le moins flamboyante.


Ramoutcho [chant] : Simon tu peux venir avec moi s’il te plait?

Vous jouez à quelle heure?
Marc [basse]: 22h.
[il est 19h30]

Ça va, on a le temps. 
Ramoutcho : Bah il faut qu’on vomisse, qu’on re-boive et qu’on re-vomisse avant de monter sur scène.

Attention ça je vais l’écrire.
Ramoutcho
: on on vomit pas avant… on vomit des fois après.
Simon [guitare] : c’est déjà arrivé avant… Bourg en Bresse, euh non, Bourg Saint Maurice.
Ramoutcho : ouais ça a dû m’arriver de tomber dans les retours, mais on ne va pas tout dire…

« On restera indépendants quoiqu’il arrive »

Il faut garder un peu de secret… Les Punks Sportifs se sont créés en 2011. Où êtes vous basés?
Ramoutcho : ici. Regarde, juste là derrière.
Simon, montre Therpe : en fait on est chez lui, là. 
Therpe [batteur] : Je suis un des quatre associés qui gèrent le Poulpe.
Simon : tu fais à manger? [rires]
Therpe : je fais à manger?

T’es cuisinier ici? 
Therpe : non, c’est arrivé, j’ai déjà fait les burgers les samedis [rires]… et puis si, j’ai gagné aussi… si vous voulez parler, on peut remuer le couteau aussi! On a organisé un petit concours Top Chef avec des copains.
Simon : Top Chouffe…
Marc : on a bien mangé du coup.
C’est lui qui a gagné.
Therpe : c’est moi qui ait gagné.
Ramoutcho : on est localisé ici, on est né au Poulpe.
Simon : le local de répèt’ il est là, le garage juste là. [il montre par la fenêtre de la loge]

Où avez-vous déjà fait des dates?
Therpe
: Bourg en Bresse, Saint Maurice, Auvergne, Grenoble.
Simon : on est essentiellement en Rhônes Alpes et Suisse, on aimerait aller plus loin.
On joue de moins en moins en Haute-Savoie. Là normalement on ne devait pas jouer… ça s’est fait au dernier moment, parce qu’on prépare un autre album.

Vous avez fait un seul album c’est ça? Il s’appelle BEST OF Volume 1, alors on attend le volume 2!
Simon : il va s’appeler différemment.

Il va s’appeler comment?
Ramoutcho : on sait pas encore.
Simon : tu veux qu’on te le dise, direct!
Ramoutcho : on travaille dessus, c’est déjà pas mal.
Ce soir on va présenter trois ou quatre morceaux qui seront sur l’album.
Simon : « présenter »! [rires]
Ramoutcho : ouais présenter c’est ça.
Simon : nous allons « interpréter ».
Ramoutcho : on va les jouer sur la setlist.

Vous pensez qu’il va sortir quand le prochain album?
[sifflements]
Ramoutcho
: on va essayer en fin d’année, mais ça sera peut être début de l’année prochaine, parce qu’on travaille tous à côté.
Simon : moi je vais peut être acheter une maison donc il ne sortira peut être jamais, [rires] avec les travaux.
Ramoutcho : déjà on travaille tous à côté, on a pas envie d’en vivre.

Pourquoi ne voulez-vous pas vivre de votre musique?
Ramoutcho : déjà parce qu’on restera indépendant quoiqu’il arrive et puis on n’a pas spécialement envie d’être intermittents, ça ne nous intéresse pas tant que ça…

Des fois tu te laisses prendre dans le truc…
Ramoutcho : même si ça arrivait… tu vois on a déjà joué avec Tagada Jones, Les Ramoneurs de Menhirs… on a déjà fait des scènes super sympas. C’est très bien, on s’éclate, il n’y a pas de soucis. Mais ce n’est pas notre objectif de vie, de vivre seulement de la musique.

C’est pour ne pas être corrompus? Ne pas rendre votre art commercial?
Ramoutcho : non, on peut rester indépendants et vivre de la musique… mais ça ne nous intéresse pas plus que ça aujourd’hui.
Parce que, Therpe a deux enfants qui sont en bas âge… on est pas dans cet état d’esprit, on est pas dans cet état d’esprit là.
Simon : je pense qu’on y a jamais pensé en faite.
Déjà ce qu’il faut savoir c’est qu’on fait de la musique à la base pour boire des bières! 
Ramoutcho : et manger gratuit.
[rires]
Moi je fais de la batterie normalement, dans d’autres groupes, et là je fais de la guitare… j’essaye. Marc, qui fait de la basse, lui à la base il ne fait rien, il a commencé la basse avec le groupe.
Ramoutcho : si on prend vraiment le noyau du groupe, en fait c’est une relation d’amis. Si tu veux Marc notre bassiste il n’avait jamais fait de musique. Il n’avait jamais touché un instrument.
Marc [bassiste]: pas besoin.

« Marc voulait jouer du synthé. Le jour où il est arrivé, on lui a filé une basse. »

Ramoutcho : et si tu veux, nous deux [il montre Simon] on avait vraiment envie. Ça faisait des années qu’on était organisateurs de festivals, et on avait vraiment envie de faire un truc keupon tous les deux, et puis Marc était là : « oh, moi j’aimerais bien faire du synthé », et le jour où il est arrivé, on lui a donné une basse.
[rires]

Ramoutcho : et en fait on lui a accordé la basse et on a pété les cordes, tellement on est bon… et puis après il nous manquait un batteur et on a demandé à Therpe d’être notre batteur… c’était vraiment une relation d’amis et on est partis là-dessus. On ne se prend pas la tête, on n’a vraiment pas envie de se prendre la tête. On a juste envie de se marrer entre nous et de garder cette énergie. C’est comme ça qu’on la gardera, c’est pas en faisant autrement. 
Therpe : c’est ça, les instruments, on a appris sur le tas.
Ramoutcho : en gros le seul vrai musicien que tu peux avoir dans le groupe, c’est Simon…
[rires]
Sauf qu’il fait pas son instrument. Après c’est vraiment une relation d’amis, et de connerie. On se marre, et après on défend tous les mêmes idées, c’est-à-dire qu’on est tous un peu révoltés sur certains trucs, et donc on le dit.

J’ai discuté avec pas mal de groupes de punks qui me disent : « non on ne fait pas de la politique, on est engagé ». Pour vous, où est la frontière entre l’engagement, du quotidien par exemple, et la politique? 
Marc : on s’engage beaucoup quand même, on est d’extrême centre!
[rires]

J’ai lu votre description sur Facebook, elle m’a bien fait rire. 
Ramoutcho : moi, je dirais plus qu’on est pas loin de faire de la politique. Nos chansons qu’on fait le plus souvent, elles parlent pas mal de politique quand même. 

« On fait de la musique et de la liberté d’expression »

C’est sportif. 
Ramoutcho : c’est sportif. On a nos idées, mais on fait pas vraiment de la politique, tu vois, on est engagé, oui on est engagé par rapport à des trucs qui nous font chier, oui bien sur. Je veux dire après on est pas des politiciens.
Simon : à la base, on est engagé culturellement.

C’est-à-dire culturellement?
Simon : je sais pas… on a tous organisé des concerts avant, des concerts alternatifs on va dire. Il n’y a pas que les boîtes de nuit et les trucs commerciaux tu vois.  
Therpe: par exemple Le Poulpe c’est comme ça qu’il est né. Les quatre associés… ça vient d’une association.

Ce sont des potes à toi?
Therpe : les trois autres associés? Oui, on est des copains d’enfance! Et eux, pareil, ils organisaient des concerts.
Simon: déjà ça c’est un premier engagement, après, qu’est-ce qu’on a fait d’autre?
à Ramoutcho : je sais pas si je dois le dire?

Vous pouvez me le dire, et je ne l’écris pas dans l’article.
Ramoutcho : non, on n’a pas de censure. 
Simon: j’ai été chef scout par exemple. On se moque souvent de moi, parce que, bref. L’engagement que j’avais là dedans c’était plutôt éducatif tu vois. Et après, moi, par mon travail, je fais de la vidéo, je fais des ateliers dans les écoles, dans les collèges et les lycées… et c’est plutôt un engagement citoyen, il n’y a rien de révolutionnaire…
Ramoutcho : on ne se considère pas comme des militants. On s’engage, on fait des choses qui nous touchent, on en parle dans nos chansons, mais après on est pas non plus… par exemple ce qui se passe aujourd’hui avec les gilets jaunes, ça nous parle, mais on n’a pas la précarité que certaines personnes peuvent avoir, et je ne me sens pas d’aller manifester avec les gilets jaunes, tu vois ce que je veux dire?

Oui.
Ramoutcho : je soutiens le mouvement, mais je n’irai pas jusqu’à démarcher dans ce sens là. Parce qu’aujourd’hui on vit bien, et tu vois, j’ai une fille qui a vingt ans, qui fait des études… disons qu’on est engagé dans ce qu’on fait.
Simon : après ça appartient à chacun, tu ne peux pas dire « on est un groupe politique », parce que déjà je pense que nos avis diffèrent sur certains trucs, et tu ne peux pas dire « ouais on est une entité on est tous d’accord! ».
Ramoutcho : tu vois même entre nous des fois on parle de ça, et on ne va pas être d’accord sur certains sujets, on parle, on débat, mais ça ne fait pas toujours d’avancées. C’est vrai que ça me fait chier de dire que je suis militant… on fait de la musique et de la liberté d’expression, c’est-à-dire que quand on a envie de dire un truc, on le dit, on en parle ensemble avant, on est d’accord de reprendre ce truc, d’appuyer là-dessus, donc on le fait. Et après on redevient des gens normaux, lambda comme tout le monde, on va travailler et puis… voilà. On a nos idées, on parle de ces idées là, j’ai pas envie d’être affiché sur un groupe militant, politique. 
Le système nous fait chier. 

« On a envie de crier un truc », comme quand tu vas dans un champ, crier, et puis ça te fait du bien.

Simon : je pense qu’on est pas les seuls, et puis c’est pas parce que t’es un groupe que t’as pas le droit de dire que le système te fait chier. 
Les paroles à la base, on s’est dit : « on a envie de crier un truc », comme quand tu vas dans un champ, crier, et puis ça te fait du bien. Là, c’est pareil. Des fois quand je finis le taff, ça fait du bien d’aller répéter d’aller gueuler dans un micro, faire de la guitare… c’est un exutoire. 

C’est pour ça que vous avez choisi, si on peut dire que c’est un choix et pas une nécessité, le punk? 
Simon : c’est parce qu’on sait pas jouer… [rires]
Ramoutcho : c’est parce que c’est hyper simple à faire, déjà. C’est « tac tac boum ». Après c’est « Punk Sportifs » parce qu’on trouve ça éclatant, c’est de l’énergie.
Simon : le punk, c’est aussi une musique que j’ai pas mal écoutée.
Ramoutcho : on en a tous un peu écouté… mais on a des influences différentes dans le groupe. 

« Ce qui fait un bon groupe de punk, c’est l’amitié. »

Quelles sont vos influences?
Ramoutcho : moi ça sera plus dans la chanson française, carrément. La Rue Ketanou, Les Ogres de Barback, Yann Tiersen… et si tu remontes plus loin, Gainsbourg, Brel… 
Simon : je suis plus punk rock américain. Des trucs folk, de la punk… 
Ramoutcho : j’écoutais Les Béruriers Noirs aussi à l’époque… je suis plus dans les trucs français. Lui [Simon] il est plus dans les trucs anglo-saxons, lui [Marc], plus dans la variété… 
Marc : Années 80, 90.
Ramoutcho : et tu vois c’est impossible de faire un groupe de ça, il faut être des amis. Et Therpe, il faut lui demander… Et Therpe, c’est quoi tes influences?
Simon : Therpe si ça te fait chier tu nous dit… Therpe?!
Therpe : ouais? [Therpe revient]
Ramoutcho : tes influences toi c’est plus chanson française, Gainsbourg…?
Therpe : ouais, je sais pas, comme vous. 

Attention, ils ont dit Mylène Farmer.
Therpe : j’aime bien le stoner, Gainsbourg, PJ Harvey, Black Sabbath.
Ramoutcho : tu vois on est vraiment éclectique. Quand tu fais des blind test… 
Simon : …bah on ne trouve rien!

C’est quoi selon vous ce qui fait un bon groupe de punk? 
Simon : tu mets pas que c’est facile hein? Parce que ce n’est pas facile. 
Ramoutcho : un bon groupe de punk? L’amitié je pense. Tu mets n’importe quel groupe de folk, de funk, de punk, de rock, de rap ou quoique ce soit, c’est l’amitié. C’est la relation que tu peux avoir avec les gars. Je pense que si on avait fait différemment avec d’autres gens… on aurait arrêté. Mais là on aime tellement, on se marre, tellement on se connait, que, c’est mon avis personnel ; on se fait plaisir. 
Simon : un bon groupe punk, c’est l’énergie je pense.
Ramoutcho : ouais, mais ça en fait parti. 
Simon : oui. Si tu veux j’aime bien les groupes où, quand tu vois le concert ou t’écoutes l’album, tu te dis « c’est joué avec le cœur ». Il y a des mecs qui jouent très très bien d’un instrument et en faite, il n’y a rien qui se passe. Après ça peut être un très très bon groupe pop « parce que c’est joué avec le cœur »…
Ramoutcho : nous aujourd’hui on a juste envie de voyager, de faire de la musique à droite à gauche, si les gens sont intéressés on est intéressé. Donc ce dont on a envie, c’est de se balader, et de passer des moments entre potes. 
On a un camion de scène… avec le camion de scène on peut pas trop se balader non plus, c’est un vieux camping car qu’on a transformé en camion-scène, et on organise des trucs dans le coin à la sauvage. 

« La musique c’est vraiment comme tu ferais du foot, du ski, ou du tricot. »

C’est peut être plus épanouissant aussi pour vous, d’avoir un travail à côté? Pour avoir un espèce d’équilibre. 
Ramoutcho : disons que tu restes plus les pieds sur terre aussi. Tu te lèves à cinq heures et demie du matin et tu vas taffer. T’es pas à te dire « je me lève à midi, je vais faire du rock avec mes potes, je vais boire des bières », non. On se lève tous les matins, on a besoin de taffer, de payer notre loyer, de payer les courses pour manger, et quelque part ça nous laisse dans la réalité… On défend des trucs, alors aujourd’hui on peut aussi nous critiquer parce qu’on gagne de l’argent, mais on se lève le matin pour gagner cet argent. Ça nous fait chier mais on se lève le matin. On reste dans le bon créneau du truc. 
Simon : la musique c’est vraiment comme tu ferais du foot, du ski, ou du tricot… [rires]
Du tricot ou n’importe quoi, tant que t’as une passion, c’est cool, tu le fais avec tes potes. Je me pose souvent la question de « pourquoi je ne ferais pas de la musique juste dans mon local  de repet’ et que ça me suffise, sans faire de concerts »… tu vois on pourrait faire ça, rester dans notre local et se faire plaisir, et tout. Et des fois on fait des concerts, on nous propose des trucs, et ça nous permet de faire la fête, de rencontrer des gens, c’est surtout de rencontrer des gens qui est cool, et puis de se marrer. 
Ramoutcho : c’est pour ça qu’on a envie de bouger de la Haute Savoie… on a un collectif qui s’appelle La Tribu Sonore, ça il faut en parler. 

Raconte moi La Tribu Sonore. 
Ramoutcho : si je te raconte La Tribu Sonore, on va être là jusqu’à minuit… on a monté ça tous les trois au début, c’est parti d’un collectif d’associations de Reignier, où on avait envie de faire tourner les groupes de Reignier, se développer, faire des choses avec des potes tu vois. On a monté cette association qu’on a appelée La Tribu Sonore. On organisait des festoches, pas mal de truc. Et après on a monté Les Punks Sportifs, et on s’est dit « La Tribu Sonore, on laisse de côté, parce qu’on va faire Les Punks ». 
Simon : on a fait un gros truc avec La Tribu Sonore. 
Ramoutcho : ouais avec La Tribu Sonore, on a fait un gros truc à Annecy, on a fait venir La Rue Ketanou, moi je suis très proche de La Rue Ketanou, et puis on les a fait venir à l’Arcadium, on a rempli l’Arcadium… On fait des projets intéressants avec des gens indépendants toujours, un peu dans le même esprit que nous, du moment que les gens restent indépendants et développent ce qu’ils ont envie de faire. Après, on a eu envie de monter ce groupe et on l’a fait. Et puis au bout d’un moment on s’est pris le bec avec les gens de la région.

Ramoutcho : des gens qui ne produisent jamais des groupes locaux. On a sorti une chanson qui s’appelle « Y en a marre ». Et le jour où on a sorti cette chanson, et bien ils ont écouté ça, et d’un coup, on a eu plein de rendez-vous. On a eu des rendez-vous et du coup on a joué en première partie de Tagada Jones et des Ramoneurs de Menhirs, et suite à ce rendez-vous là, on est sorti du rendez-vous et on s’est dit « sans déconner qu’est-ce qu’on fait? », et on a relancé La Tribu Sonore. Et Aujourd’hui c’est un collectif de trois groupes : il y a Les Punks Sportifs, Nurse, et Crankcase. Et on essaie de se déplacer avec, de faire connaître. La Tribu Sonore, c’est un collectif, c’est pas une boîte de tour. On reste sur l’amitié nous en faite. 
Simon : on a tous nos potes, et notre but c’est de mutualiser un peu les contacts, les moyens… faire des échanges, organiser des concerts, faire venir des groupes. 

« Il faut faire un tsunami punk. »

Donc le but c’est avant tout de faire jouer la scène locale, ou de ne pas rentrer dans le « système »?
Simon : le but c’est de faire ce qu’on a envie comme on en a envie. Et personne n’est là pour nous en vouloir si on n’a rien fait. 
Ramoutcho : on ne va pas dépendre de quelqu’un. 
Simon : tu vois par exemple Louis, il ne joue pas dans les groupes, mais il nous accompagne, il gère un peu les dates, le stand de merch…
Ramoutcho : il fume. 
Simon: … il fait plein de trucs. En tout cas il est avec nous, et ce n’est pas parce qu’il ne fait pas partie d’un groupe qu’il ne fait pas partie du collectif!

J’ai une question un peu abstraite… Que pensez-vous de l’évolution du punk depuis son début? Pensez-vous que la scène connaît une évolution positive, ou à l’inverse qu’il y a moins de groupes qu’avant…?
Simon : moi je pense qu’il y a plus de groupes. 
Ramoutcho : on est dans une nouvelle vague je pense. 
T’as des groupes comme Justin(e), je sais pas si vous connaissez Justin(e)…?

Oui je connais. 
Ramoutcho : Justin(e) c’est juste monstrueux! Je sais pas si c’est une mode, mais il y a pas mal de gens qui ont envie de regoûter à ça, et on est sur une vague qu’il ne faut pas lâcher, il faut la faire monter. Moi je pense qu’il faut faire une grosse vague. Un tsunami. Un tsunami punk. Mais avec plein de styles différents tu vois, avec plein d’énergies, des gens qui défendent comme nous leurs trucs, leurs idées. Justin(e), je ne les connais pas personnellement, mais je les écoute beaucoup, et je pense qu’ils ont leurs trucs, leurs idées… 

« L’évolution du punk est liée à l’évolution de la politique. »

Simon : j’ai l’impression que ça ne s’est jamais arrêté vraiment. Il y a toujours eu des petits groupes, qui organisaient pour d’autres, et ça se file la main comme ça. Le seul problème, c’est que j’ai l’impression qu’il y a de moins en moins de monde aux concerts. Et j’ai l’impression que le public qui va au concert c’est plutôt des jeunes, 20, 30 ans, en mode « on fait la bringue », et… ce public là qui écoute du rock, il n’y en a pas beaucoup, moins qu’avant j’ai l’impression… les jeunes maintenant ils écoutent plus de l’électro, de la dub. Je ne dis pas que c’est forcément négatif, parce qu’il y a des trucs hyper bien, et puis indépendants et tout. 
Therpe: après nos plus grosses soirées ici au Poulpe ce sont dub et punk quand même.
Simon: ça c’est quand on joue!
[rires]
Therpe : vraiment punk tu vois, pas rock. Il y a quand même un public. 
Ramoutcho : ça dépend des régions aussi je pense. Nous ici en Haute-Savoie on est bien rock, punk, vers Grenoble, la scène est plus reggae. Je pense que l’évolution du punk est liée à l’évolution de la politique, tu vois.
J’ai l’impression que c’est un peu comme les rappeurs, ils s’engagent dans des trucs… j’ai l’impression que le punk revient quand… t’as le Front National qui remonte un peu. J’ai l’impression qu’il y a un peu cette histoire là avec le punk. Dans les années 80, quand il y a eu Les Béruriers Noirs, en gros, le FN faisait 20%… 20% à l’époque.
Simon : il fait plus maintenant. 
Ramoutcho : bah ouais! « Plus jamais ça! », dans un concert des Bérus, « plus jamais ça, levez le doigt, 20%, plus jamais ça »… Je pense que c’est lié aussi aux trucs culturels, à cette boucle, comme la mode, des choses qui reviennent. Tac! L’extrême droite aujourd’hui elle est en train de remonter dans le monde entier… on va dire dans le monde de l’Europe. Et je pense que ça crée un peu ce mouvement gauchiste, keupon. Dans le rap aussi ils écrivent super bien là dessus, ils se défendent bien, là dessus. 

« Je vais cramer ma carte d’électeur sur scène ce soir. »

T’as des solutions toi?
Ramoutcho : pour moi aujourd’hui ça serait de boycotter complètement la politique.

En faisant quoi?
Ramoutcho : on va dire qu’on est 67 millions aujourd’hui en France? Il n’y a pas que des majeurs, mais que le reste n’aille plus voter, qu’on crame nos cartes d’électeurs, je vais cramer la mienne sur scène d’ailleurs ce soir… et qu’on laisse les politiques dans leur merde, qu’on s’intéresse plus à eux. On re-balance les dés, on fait autre chose. Je sais pas si c’est une solution mais je ne vois que ça, le boycotte total. 
Simon : les politiques, ce sont des marionnettes aussi. 
Ramoutcho : aujourd’hui, ils font un grand débat. Et à coté, ils endorment les gens. Ils augmentent tout dans les supermarchés, et personne ne le voit ça, parce qu’ils sont tous dans leur grand débat. Et les gens ne se rendent pas compte. Les gens sur leurs ronds-points, il se battent contre des trucs, demain ils n’ont rien, ils vont aller dans les supermarchés, et c’est tout qui a augmenté en une journée, de 10, 15%. Parce qu’on peut plus manger de Nutella ou… on peut manger du Nutella, ou de la viande cramée, on fait ce qu’on veut quoi. Et ça on se cherche des excuses, parce que l’agriculteur français, tout ça… ils ne sont pas clairs. Ça m’énerve, j’ai l’impression que le peuple se fait enculer. 
Simon : je pense que le problème vient de l’humain. Tout le monde pense pour sa gueule. On va trop loin là? 

Non au contraire! J’ai pas besoin de poser de questions, c’est super. [rires]
A Ramoutcho : toi le système, tu le verrais comment?
Ramoutcho : je ne suis pas politicien, franchement j’en sais rien. J’ai pas la méthode magique non plus. Mais là c’est pas bon. Parce que les gens ils galèrent. Les étudiants ils galèrent, ma fille elle a 20 ans, derrière si je ne peux pas payer ses études, elle est obligée de faire crédit tu vois. On est rentré dans un système américain. Le problème de l’Europe qu’on a voulu refaire… bah nous on est pas des ricains, on bouffe pas des burgers, on bouffe du saucisson. 
Therpe : si ce soir on mange burgers justement. 
Ramoutcho : je trouve ça ignoble, si tu regardes bien, les étudiants sont déjà endettés pour 20 ans avant même d’avoir un boulot. 
Simon : la solution est plus simple que ça. Si tout le monde est responsable, ne serait-ce qu’au niveau de la bouffe : tu bouffes local, tu vas au marché, t’essaies d’acheter des trucs qui sont des produits locaux. Déjà, ça c’est la base. Si tout le monde fait ça dans le monde, au lieu de produire à donf un truc exporté…
Ramoutcho : c’est pour ça que je dis qu’on est entré dans un système américain. 
Simon : ouais mais les chinois font pareil. La solution c’est que chacun prenne ses responsabilités, chacun prenne ses couilles et dise « bah moi, je vais être pour moi et pour tout le monde autour le plus responsable possible, et je vais essayer de faire le mieux possible ». Je dis pas que j’y arrive. J’essaye. Je pense que c’est ça la solution. 
Ramoutcho : on essaye. Tous les samedis on va au marché, on essaye d’acheter locale, de défendre ça, et de faire de moins en moins de courses dans les supermarchés… après on est obligé, le PQ, ils en vendent pas sur le marché, ils vendent pas de lessive… tu vois, on essaye de faire vivre ce qui se passe autour de nous tout bêtement.
Pour revenir aux études, ça coûte une blinde. On est devenu une société privée, c’est pour ça que je dis américain, ou chinois, ou comme tu veux. C’est-à-dire que ce sont tout des trucs privés, pourquoi on n’irait pas à l’école publique pour aller à la fac? Pourquoi le mec en médecine pendant un an on lui acharne le crâne et puis s’il passe pas sa première année, c’est comme s’il n’avait rien fait, il se retrouve juste avec un bac, et il est à la rue le mec. Et pourtant, cette année elle lui a coûté 10 000 balles. C’est qui qui les paye ces 10 000 balles? Ses parents? C’est tout ça qui nous révolte et qui nous énerve. C’est pour ça qu’on chante et qu’on continuera à chanter. 

J’ai encore une question pour vous dans le domaine de la politique. Que pensez-vous de la place des femmes dans la scène punk? 
Ramoutcho : qu’elles viennent. Avec grand plaisir. 
Simon : t’as l’impression qu’il n’y en a pas beaucoup? 

« Si je vois des trucs, je suis capable de descendre de la scène et de foutre une tarte au mec. »

C’est un peu à double tranchant. A la fois j’ai l’impression que beaucoup de groupes, quand ils sont sur scène, tiennent des propos, ou même écrivent des chansons pour essayer de construire une place aux femmes. Par exemple Guerilla Poubelle, je les ai vus en octobre à Lyon. Till a demandé  : « les filles, est-ce que ça va dans la salle? ». C’est-à-dire qu’il prenait en compte le fait que c’est le sexe qui est le plus souvent oppressé dans les manifestations physiques on va dire. 
Ramoutcho : c’est vrai que j’y pense pas à ça moi. 

Et des fois il y a d’autres groupes à l’inverse…
Ramoutcho : moi si je vois des trucs, je suis capable de descendre de la scène et de foutre une tarte au mec. Je suis dans ce style là. Après, je ne vais pas y penser sur scène, mais on nous l’a demandé dans certains concerts, on avait joué en Suisse une fois, on nous avait demandé de passer un message au début du concert.
La meuf c’est pas un jouet. C’est pas normal de la violer dans les chiottes. 

L’idéal ça serait que l’égalité absolue soit atteinte, et qu’on n’ait pas besoin de passer un message.
Ramoutcho : eh ouais! Tu te rends compte c’est ce qui se passe en France, là, il y a une mairie, je ne sais plus dans quel bled c’est, mais il y a une mairie qui est en place, et en faite le pourcentage n’est pas bon. C’est-à-dire qu’il y a plus de femmes que d’hommes. Ceux qui sont opposés à la mairie ont porté plainte, parce que par rapport à la loi ce n’est pas normal qu’il y ait plus de femmes que d’hommes.
Marc : bah oui, la parité. 
Ramoutcho : la parité nan mais c’est un truc de dingue! Et le mec il a porté plainte contre la mairie, ils ont porté ça au tribunal, parce qu’il y avait trop de femmes dans la mairie. C’est un truc de dingue. On va où là?
Et le mec il les joint au téléphone et il est là « ouais mais vous comprenez, moi j’ai rien contre les femmes, mais quand même, il y en a une de trop là. » Mais putain, t’es débile ou quoi mec? 
Simon : de toute façon, les cons, il faudrait les brûler à la naissance. 
Marc : c’est comme les vieux.
Simon : ouais, les vieux aussi il faudrait les brûler à la naissance. [rires]
Ramoutcho : c’est hallucinant, on est en 2019, et ça s’est passé cette semaine.
Simon : c’est comme beaucoup de choses. Il y a beaucoup de débats inutiles. C’est comme lorsqu’il y avait eu le débat sur la burqa… c’est pas que c’est inutile, mais souvent, j’ai l’impression que plus on en parle, il y a des gens qui n’y avaient même pas pensé qui s’y opposent. J’espère que les prochaines générations, ça changera. Tu vois c’est comme quand ils ont commencé à mettre en place le tri sélectif, maintenant les jeunes ne se posent plus la question, c’est comme ça. 

« Une femme peut venir dans un concert punk si elle est habillée en tailleur et qu’elle kiffe la musique. Il n’y a pas de codes. »

Ramoutcho : ça devient naturel. 
Simon : c’est ça. Les anciennes générations, t’avais des matchos… les femmes ont eu le droit de vote il n’y a pas si longtemps. L’autre jour, je suis arrivé en bagnole, et c’est ma copine qui conduisait. J’allais voir un mec et il me dit « ah ouais, on se fait conduire, c’est pas monsieur qui conduit? » Et j’ai trouvé ça ultra bizarre tu vois. J’ai dit « c’est quoi le problème? ». « Je sais pas, normalement c’est l’homme qui conduit ». Bah non. C’est quoi ton délire?
Ramoutcho : moi je me suis fait jeter d’un chiotte par des femmes. J’allais dans des toilettes dans un bar, il y avait un petit festoche, et je suis allé dans les chiottes, et tout, et il n’y avait que des femmes, qui faisait la queue. Je suis sorti, et je me suis fait insulter.

Pourquoi?
Ramoutcho : parce que j’étais dans les chiottes. On m’a dit « t’aurais pu pisser dehors ». Je les ai regardé et je leur ai dit « les féministes, on va se détendre, si j’ai envie de pisser, je vais dehors, mais si j’ai envie de chier, je fais comment? » [rires]
Therpe : on est parti hyper loin. 

Les femmes aussi peuvent pisser dehors…
Je me sens à l’aise en tant que femme dans la scène punk, mais je sais qu’à l’inverse, beaucoup de femmes expliquent qu’elles sont très peu représentées dans le milieu rock, et entendent « t’es une fille tu peux pas faire ça ». C’est pour ça que je veux votre avis, vous qui êtes plus souvent dans ce milieu que moi, bien que vous ne soyez pas de femmes. 

Ramoutcho : on est pas dans le public… mais que ce soit dans les loges, ou les artistes, les femmes sont hyper respectées. Ma fille, elle a 20 ans, sa femme [montre Simon] elle vient, sa femme [montre Therpe] elle vient, [montre Marc], pas toi… [rires]. Il n’y a pas de compromis… Une femme peut venir dans un concert punk si elle est habillée en tailleur et qu’elle kiffe la musique. Tu vois ce que je veux dire? Il n’y a pas de codes. Il n’y a pas de codes vestimentaires…
Simon : elle va pas se foutre la pression toute seule, parce que tous les autres qui sont autour, ils en ont rien à foutre de comment elle est. Elle vient là écouter sa musique. 

Ramoutcho : de toute manière si elle est là, elle aime la zic. Ou alors elle est accompagnée, et puis elle découvre, et après elle aimera, j’en sais rien. Sinon tu viens pas. Généralement toutes les femmes qui sont là, elles sont épanouies. Et puis à la rigueur, tu vas leur dire « salut beauté », elles vont te mettre une torgnole dans la gueule. Donc t’as tout de suite compris, tu sais à qui t’as affaire. C’est pas la même façon de drague dans un concert punk que dans une boîte de nuit. [rires]
Pour moi c’est ça, si t’abordes une femme dans un concert punk, il faut faire gaffe. C’est dangereux, c’est un peu sportif quoi. 

Propos recueillis par Aline Gaffiot
Crédits photos : Colin Dussart

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Kozmic Blues

Il y a 47 ans aujourd’hui, les médias titraient le décès de la chanteuse de rock psychédélique Janis Joplin, d’une overdose d’héroïne. Elle venait tout juste d’enregistrer le morceau Bobby McGee.

Comme Janis ce soir là j’avais le blues cosmique.

A la différence près que Janis n’a pas tenue jusqu’au matin.

L’aube la trouvée étendue dans sa chambre d’hôtel, beaucoup d’héroïne dans son sang et un peu trop de chagrin dans son cœur. La nuit a gardé son dernier souffle.

Ses rêves avaient tout juste eu le temps de s’enfuir par la fenêtre, mais sa voix au grain magique état restée prisonnière de sa cage thoracique à présent inerte.

Je ne verrai jamais Janis sur scène. Je ne verrai jamais Janis tout court.

Qu’est-ce que tu lui trouvais de si beau à cette poudre blanche ? C’était ton carburant un peu. La cours des miracles au fond de ta tête. Mais ne savais-tu pas que ce n’était pas la poudre qui était magique, mais que c’était toi ? T’étais une môme brisée mais une femme magnifique. Tes démons dessinaient des fêlures dans ta voix, mais sous tes boas en plumes et tes chapeaux en fourrure, ton visage souriait.

Tu étais libre. Tu étais sauvage. Tu étais ta musique.

Aujourd’hui, tu es la voix qui rôde autour de mon lecteur Cds, quand je suis triste quand je suis joyeuse quand j’ai besoin de courage.

Janis, même en photo on croit discerner tes rêves défaits comme un nuage au dessus de tes cheveux de sirène. Tu donnais tant de toi. Peut être qu’on t’en a demandé un peu trop.

Tu es une icône de courage, car tu as quitté Port-Arthur, car tu as fait de la musique alors que ta famille détestait ça, parce que tu marchais pieds nus dans les champs et maintenant dans ma tête, parce que tu aimais les hommes, parce que tu aimais les femmes, parce que tu aimais la vie et bon dieu ce qu’elle t’aimait aussi. T’étais l’humaine qui donne envie d’aimer les humains un peu, même si toi tu préférais l’opium.

Janis, à son enterrement, à laisser de l’alcool pour que ses amis puissent célébrer. J’apporterais une bouteille avec moi là-haut quand ça sera mon tour, pour trinquer ensemble.

Je me souviens pas de toi allongée à moitié dénudée, un mélange de poudre blanche et de sang dans les narines. Mais debout, dans ta décapotable, les cheveux au vent, une bouteille de whisky à la main. Un sourire aux lèvres.

Merci d’avoir partagé ton talent. A jamais, on gardera a piece of your heart dans les nôtres.

Aline Gaffiot.

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